Je lis : "Les frères Karamazov" de Dostoïevski (26%)
et "C'est dans la boîte" de Frédéric Ernotte

vendredi 26 mai 2017

Mes lectures de mai 2017

Frédéric Ernotte - C'est dans la boîte
Luca Tahtieazym - Le roman inachevé
Chris Loseus - Bill
Sergio Luis - La peur dans les veines
Hartmann Abbey - Le mas provençal
Odehia Nadaco - Knysna
Frédérique Molay - Copier n'est pas jouer
Céline Lassalle - L'habitat créatif
Preston & Child - Relic
Virginie Paquier - Le dernier facteur
Laureline Amanieux - La nuit s'évapore
Dostoïevski - Les frères Karamazov (suite)

(chronologiquement, de bas en haut)


jeudi 25 mai 2017

Le roman inachevé - Luca Tahtieazym

'Le roman inachevé - Luca Tahtieazym

Le roman inachevé - Luca Tahtieazym


Le début :

Romain n'a aucune estime pour lui-même et, toujours d'humeur morose, mène une existence fade : il peine à surmonter une absence, celle d'une femme qui occupe toutes ses pensées. Romain confie à son frère Nagib son intention de louer une maison à la mer pour se mettre à écrire et parler d'elle.


Mon avis :

Je le dis tout de suite pour éviter des malentendus : mon impression générale est très favorable : ce roman m'a plu. Cela dit la trame contient à mon avis du positif et du "moins positif" :

Cette histoire aborde plusieurs thèmes : la solitude, l'amour, la souffrance, la vengeance, la culpabilité, le désespoir.

Le début ne m'a pas enthousiasmée, j'ai trouvé le personnage de Romain un peu répétitif dans ses monologues, Mais j'ai continué, parce que ce mal-être était malgré tout plausible et "accrocheur".

Le personnage de Romain est extrêmement bien décrit : ses angoisses, ses déceptions et ses rêves non exaucés d'adolescent, sa solitude d'enfant mal dans sa peau puis sa rencontre avec Elsa, ses rêves de soirée "extra-ordinaire", tout cela est raconté de façon magistrale et j'ai adoré cette partie du roman.
Très bien vue la conviction immédiate de l'adolescent complexé, quand il parle à Elsa pour la première fois, que c'est "elle" et "ce sera elle".
La vie commune des deux jeunes gens, même s'ils s'accordent parfaitement et ont choisi leur isolement, m'a semblé d'une fadeur et d'une monotonie exagérées et m'a paru du coup moins crédible.

Je n'ai pas vraiment aimé tout le passage des "repérages" (etc.) d'Elsa car il rend la jeune fille antipathique ou plutôt la fait passer pour une personne déséquilibrée et violente sans fournir de motif au lecteur. Mais cela fait partie de la conception même de la trame du roman...

Romain quant à lui se transforme en personnage presque cynique de par sa lâcheté et son aveuglement coupable. On a envie de le secouer d'autant plus que, adolescent, il était particulièrement émouvant et attachant.

Tout cela est très bien raconté. Et voilà qu'on arrive à la création du livre dans le livre, et là on a le tournis (c'est agréable et c'est enivrant, mais on s'y perd et on se demande d'ailleurs comment fait l'auteur pour ne pas s'y égarer lui-même).
Difficile d'en dire plus sans en dire trop, juste une chose : on est emporté dans une sorte de délire désespéré où on se sait plus trop où commence et où se termine la fiction : on ne sait plus que croire, que comprendre, que conclure car Romain nous embarque dans des hypothèses qui obligent le lecteur à remettre en question sa perception du roman depuis son début.

On se prend à espérer une fin qui reporte au point de départ et puis l'auteur conclut l'histoire et met fin aux doutes du lecteur en même temps qu'à ceux de Romain.

Il ne manque rien dans le récit du désespoir et du profond mal de vivre de Romain et même si le récit détaillé du contenu des tripes de Romain peut sembler superflu, il fait partie de l'ambiance et participe à la crédibilité du roman.

De petites fautes, incohérences et maladresses n'enlèvent rien au mérite de l'auteur qui a su, avec ce roman, raconter une tranche de vie et la quête de soi-même au travers de deux adolescents vulnérables et maladroits jusque dans l'amour qu'ils éprouvent l'un pour l'autre.




mercredi 24 mai 2017

Jean Valjean, mon frère, vous n'appartenez plus au mal, mais au bien.



Mon ami, reprit l'évêque, avant de vous en aller, voici vos chandeliers. Prenez-les.
II alla à la cheminée, prit les deux flambeaux d'argent et les apporta à Jean Valjean.
Les deux femmes le regardaient faire sans un mot, sans un geste, sans un regard qui pût déranger l'évêque.
Jean Valjean tremblait de tous ses membres. Il prit les deux chandeliers machinalement et d'un air égaré.
– Maintenant, dit l'évêque, allez en paix. A propos, quand vous reviendrez, mon ami, il est inutile de passer par le jardin.
Vous pourrez toujours entrer et sortir par la porte de la rue. Elle n'est fermée qu'au loquet jour et nuit.
Puis se tournant vers la gendarmerie
– Messieurs, vous pouvez vous retirer.
Les gendarmes s'éloignèrent.
Jean Valjean était comme un homme qui va s'évanouir.
L'évêque s'approcha de lui, et lui dit à voix basse:
– N'oubliez pas, n'oubliez jamais que vous m'avez promis d'employer cet argent à devenir honnête homme.
Jean Valjean, qui n'avait aucun souvenir d'avoir rien promis, resta interdit.
L'évêque avait appuyé sur ces paroles en les prononçant. Il reprit avec solennité:
-Jean Valjean, mon frère, vous n'appartenez plus au mal, mais au bien.
C'est votre âme que je vous achète; je la retire aux pensées noires et à l'esprit de perdition, et je la donne à Dieu.

(Les Misérables - I-II - 12 - Victor Hugo)





mardi 23 mai 2017

Bill - Chris Loseus

'Bill - Chris Loseus

Bill - Chris Loseus 


Le début : 

Un avocat se prépare à rentrer chez lui après une éprouvante journée de travail. À son domicile l'attend un homme qui vient de tuer sa famille pour se venger de plusieurs épisodes pénibles du passé.


Mon avis :

Après "3600 Prospect Avenue" et "Chatsworth Creek" , très appréciés (avec une petite préférence pour le premier)  me voici plongée depuis hier dans un troisième roman de Chris Loseus.
Déjà, la couverture : j'adore, bravo à celui/celle qui l'a conçue.

Je vais essayer de dire ce que je pense du roman sans révéler trop de détails sur l'intrigue : pas facile.

Cette fois-ci pas de Fantasy-Fantastique :
C'est une histoire terriblement cruelle et hélas atrocement plausible, en tout cas jusqu'à un certain point de la trame.
Alors, mes impressions telles que je les ai ressenties et dans leur ordre chronologique :

La peur est là dès la première page, on est tout de suite "dans le bain" et ça c'est toujours positif.
Le deuxième meurtre, particulièrement odieux et sanglant, est trop détaillé à mon goût.
Les entretiens professionnels au cabinet d'avocats sont réussis, dureté et cynisme des échanges ainsi que l'ambiance générale sont bien racontés.
Très bon  le suspense lors de l'arrivée de Steve chez lui
Excellente pour la trame  cette alternance des scènes entre présent et retour au passé.
Très bien racontés les souvenirs qui reviennent, qu'il s'agisse de ceux de Steve ou de ceux de Bill.
Les personnages me semblent jusqu'à présent tous parfaitement crédibles de même que leurs sentiments et leurs réactions.
Je trouve le roman, dans son ensemble, extrêmement bien conçu et très réussi.

MAIS :

=> Terrifiante la scène dans les bois : l'auteur a voulu ajouter un motif de vengeance et un autre personnage pervers à la trame et au suspense : ça je le comprends mais les détails n'en demeurent pas moins beaucoup trop crus et d'une violence extrême : cette progression dans l'indicible a pour conséquence qu'à partir de ces lignes "Bill" n'est plus un roman "tous publics".

=> Il y a une grosse incohérence dans la manière dont Bill s'absente : quelle que soit l'intensité du trouble où le jette cette personne, cela n'a à mon avis aucun sens qu'il la laisse gérer "la situation" et cela oblige le lecteur à s'interroger sur la logique du personnage -et donc du roman-au lieu de continuer à se laisser entraîner par cet excellent suspense.

=> La 1ère phrase du chapitre 12 (dans "Un clou...") est d'une grande maladresse : jusqu'à présent le lecteur vivait la pression et la peur en direct ; et voilà que l'auteur, en s'adressant directement à lui, l'arrache à ses frissons et à la magie du suspense et lui rappelle que ce n'est qu'un roman :
le lecteur est obligé brutalement de suivre l'action de l'extérieur et ça gâche tout.

=> Par ailleurs : pourquoi, alors même que le meurtrier semble perdre de son agressivité, rajouter de l'horreur à l'horreur (fin du ch. 3  de "Tous réunis") avec des évocations d'une scène d'une extrême perversité et d'une violence insoutenable ?

=> Une grave et lourde erreur : impossible, inconcevable, invraisemblable que la victime de pareilles abominations appelle son bourreau son "pote des bois" : il est absurde et ahurissant d'attribuer une telle réplique à Bill car cela remet en question son statut indéniable de victime d'atrocités (ce qui va d'ailleurs à contre-sens de ce que semble vouloir exprimer l'auteur). Cette faute de jugement m'a, je dois le dire, profondément choquée.


=> Dans la dernière partie, le scénario  bascule dans un récit qui n'est plus vraisemblable car il fait abstraction de toutes les compétences et des moyens d'investigations que la police peut et sait utiliser pour parvenir à la vérité ;
Le scénario remet également en question, de façon extravagante, le bon-sens , l'intelligence et les énormes possibilités de contrôle dont disposent les plus hautes institutions parlementaires et institutionnelles des États-Unis (comme d'ailleurs dans toutes les  vraies démocraties) en rempart à toute situation de danger extrême créée par l'inconscience, l'incompétence etc. d'un  président en fonction.

N.B.:
La toute dernière page de "synthèse" est inutile : merci mais on vient de terminer la lecture du roman  et donc on a compris de quoi il retourne :-))

En résumé :
La trame, je le répète, est excellente, les personnages particulièrement bien étudiés et crédibles et j'en félicite sincèrement l'auteur.
Mais les détails sur les crimes passés et présents sont d'une violence insoutenable et si la cruauté, la perversité et le cynisme de certains personnages sont décrits de façon brillante, ils sont hélas aussi trop bien "illustrés". Certaines phrases sont tendancieuses : car même si la victime devient elle-même un bourreau, rien ni personne ne doit ni ne peut effacer ou remettre en question l'atrocité des sévices qu'elle a précédemment subis.

Étant donné que bien peu de lecteurs consultent les préfaces, afin de protéger les publics jeunes et/ou vulnérables je suggère l'ajout d'une ligne très explicite de mise en garde au début du livre, juste avant les première lignes.



Fautes rencontrées récemment

Il faut écrire

=> "salaud" (et pas salop) !
=> "ça a été" (et pas ç'a été ) !